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Good coop, bad coop Les coopératives sauveront-elles le monde (et le climat) ?

Le 12 décembre dernier, Enercoop organisait aux Grands Voisins à Paris un échange qui lui tenait beaucoup à cœur. Le modèle coopératif prône une propriété partagée de l'entreprise, une gouvernance démocratique, une finalité non lucrative pour entreprendre autrement, en mettant l'humain et le collectif avant le profit. Pour autant les coopératives sont-elles forcément vertueuses ? Comment ce modèle peut-il répondre aux défis de notre époque (mutations du travail, ubérisation de l'économie, urgence climatique), et être une solution concrète pour transformer véritablement l'économie et la société ?

Retour sur le débat qui a rassemblé Noémie De Grenier, co-directrice de Coopaname, Philippe Frémeaux, éditorialiste à Alternatives Économiques, Benoît Hamon, ancien Ministre délégué à l'ESS, Adrien Montagut de Commown et Amandine Albizzati, PDG d’Enercoop.

De quoi coopérative est-il le nom ?

Le statut coopératif regroupe des modèles très variés : coopératives bancaires, agricoles, de consommateurs, de salariés....selon les personnes qui constituent les coopérateurs, les réalités seront très différentes. Par exemple, les coopératives de commerçants peuvent être des centrales d’achat pour des commerces qui sont eux capitalistes et n’ont pas d’objet de transformation sociale ; certaines coopératives bancaires ont pu céder aux sirènes de la croissance externe en rachetant des structures non coopératives pour rester compétitives. Quand les coopératives sont évoquées dans les médias, il s’agit en général des scop (coopératives de salariés), et il y a souvent des confusions. Philippe Frémeaux évoque une intervention sur France Inter, selon laquelle l’ESS regroupe les entreprises où les salariés ont le pouvoir, mais c’est uniquement le cas des scop, qui ne représentent que 1,5 % des salariés qui travaillent dans l’ESS. Alors est-ce qu’on peut prendre appui sur l’ESS et les coopératives pour parvenir à repenser nos modèles ? Une partie du mouvement le donne à croire.

En effet, certaines coopératives cherchent à développer des formes de gouvernance qui tranchent avec les grandes entreprises capitalistes. Et selon Philippe Frémeaux, c’est bien « la question de la gouvernance [qui] est centrale pour rester fidèle à notre objet social. Face à la concurrence on a tendance à adopter les mêmes méthodes pour atteindre les mêmes objectifs. Donc la coopérative n’est pas vertueuse par nature, elle doit faire un travail sur elle-même pour être exemplaire dans sa gouvernance, plus inclusive, démocratique, soutenable, c’est un combat permanent pour les coopératives. »

Un nouveau rapport au pouvoir

Dans la famille des coopératives, on demande les CAE ! Cet acronyme signifie Coopérative d’Activités et d’Emplois, statut apparu au milieu des années 90 : l’idée est de se rassembler entre autoentrepreneurs pour mutualiser la fonction employeur, c’est-à-dire se salarier en gardant une grande autonomie. Aujourd’hui il existe entre 100 et 150 CAE. Pour Noémie De Grenier, co-directrice de la CAE Coopaname, « il s’agit d’un outil technique, mais les gens qui arrivent à Coopaname aujourd’hui, sont en rupture avec la façon dont on travaille en entreprise aujourd’hui ».

Avoir une part dans la décision de « comment je travaille et avec qui », redonner du sens à son travail, être maître à bord et pour autant appartenir à une structure collective qui permet de mutualiser certains aspects de l’activité, de réfléchir ensemble, d’avoir une démocratie d’entreprise, c’est un peu tout ça une CAE. Et derrière cette mécanique, il s’agit d’une nouvelle façon de s’organiser, un nouveau rapport au pouvoir.

Noémie De Grenier poursuit : « la manière dont n’a pas été pris en compte l’enjeu climatique, c’est la faillite de la démocratie de ces dernières années. Il y a une envie de faire les choses autrement, les coopératives peuvent y répondre ». Pour Enercoop, les deux dimensions écologique et coopérative vont de pair. Fournisseur d’éléctricité renouvelable, certes, mais en format SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif). Pour Amandine Albizzati, PDG d’Enercoop, ce modèle de SCIC est intéressant car il formalise bien ce partage de la valeur créée. Consommateurs, producteurs, salariés, partenaires, collectivités forment les différentes catégories de sociétaires, toutes les parties prenantes ont des sièges au CA. La question de l’organisation et du partage du pouvoir est donc à l’intérieur même du modèle Enercoop. Cependant pour le grand public, la dimension coopérative n’est pas immédiatement compréhensible. Le développement durable, le circuit-court, c’est entré dans le vocabulaire, mais pour le modèle coopératif c’est encore un défi. Peut-être car cela recoupe trop de réalités ?

L’intercoopération, une notion clé

Pour Benoit Hamon, ancien Ministre délégué à l’ESS, il y a autre chose : « ça ne fait pas partie de la culture politique et économique ; pas une chambre de commerce qui parlerait des CAE, pôle emploi non plus. Le simple fait d’affirmer le principe coopératif 1 personne = 1 voix, c’est complètement anachronique par rapport au monde dans lequel on évolue...». Alors il faut se serrer les coudes, c’est la notion d’intercoopération (ou coopération entre coopératives). C’est l’idée de faire prioritairement appel à d’autres coopératives dans les relations commerciales, de s’organiser ensemble pour avoir plus de poids, s’épauler pour créer un tissu social économique et faire grandir le mouvement coopératif. Jean-Louis Bancel, Président du Groupe Crédit Coopératif et de Cooperatives Europe, était présent parmi les participants et rappelle à cette occasion qu’il faut aussi valoriser l’intercoopération au-delà des frontières en citant notamment REScoop.eu qui est une fédération européenne de coopératives d’énergie renouvelable (dont fait partie Enercoop bien sûr!) qui œuvre à redonner le contrôle de la production et de la fourniture d’énergie aux citoyens.

Adrien Montagut est Directeur de la communication chez Commown, une Société Coopérative d’Intérêt Collectif qui combat l’obsolescence programmée. L’idée est d’accompagner le consommateur et le producteur à aller vers un modèle d’usage et non de possession dans un esprit de sobriété, notamment dans le monde de l’électronique. Par exemple leurs clients ne possèdent pas leur téléphone, ils ont accès à des services, mais quand ils n’utilisent plus l’appareil, ils le remettent en circulation. L’idée est d’apprendre à ne plus posséder mais à partager. Mais pour Adrien Montagut, il ne suffit plus de proposer des alternatives, c’est pourquoi son travail s’oriente également vers le lobbying : « on va essayer de structurer une proposition de loi avec des acteurs de l’ESS pour lutter contre les gafam. Il faut non seulement proposer des solutions mais aussi lutter contre le modèle en place » et de rajouter « l’intercoopération est primordiale car on aura beau créer des alternatives dans notre coin, on se fera détruire par d’autres modèles ».

Par ailleurs, selon Noémie De Grenier, c’est ce travail en intercoopération qui permettrait de créer un réel espace économique différent et à travers lui plus de marge de manœuvre politique. Plus facile à dire qu’à faire, certes. Amandine Albizzati poursuit en ce sens : « est-ce qu’une coopérative va sauver le monde, non. Mais on est tout un écosystème de coopératives et c’est ensemble que l’on peut faire une différence ».

« J’avais cru que l’ESS était une économie un peu plus politique que d’autres »

La loi votée sur l’ESS en 2014 a permis de lui donner un périmètre, un socle juridique et avait pour ambition de mettre en place des appuis et financements spécifiques pour l’ESS. C’est Benoit Hamon, alors Ministre délégué en charge de l’ESS qui a porté cette loi, il revient dessus pour nous en donner son bilan critique. « L’objectif de cette loi était d’entrer dans une société post-capitaliste et post croissance, mais nous ne sommes pas parvenus à ce changement d’échelle ». Selon lui, « tant que c’était technique, cela ne posait pas de problèmes, mais dès que c’est devenu politique, des discours anti-ESS se sont positionnés très fortement ; le rapport de force a donc tenu tant que le Ministre qui portait le projet était en place. ».

Puis cette loi a commencé à être détricotée par le conseil constitutionnel puis par la loi Macron. « Si cette loi n’a pas été soutenue à l’intérieur du même quinquennat, il est difficile d’imaginer que ce soit suivi par l’alternance ». Il poursuit : « aujourd’hui, entre les défis climatiques et numériques, tout appelle l’ESS et la coopération. Alors qu’il n’y a jamais eu de moment plus propice à l’émergence de ces modèles, l’ESS voit son poids politique et économique diminuer par les pouvoirs publics en place ». Et de conclure «ce qui me frappe c’est l’absence du projet politique du monde coopératif. Je ne suis pas un amoureux déçu de l’ESS, mais je vous en conjure, refaites de la politique ! » Promis, on essaie !


Pour aller plus loin, quelques initiatives d’Enercoop et de ses partenaires coopératifs pour un autre modèle économique et social :

Site des coopératives citées dans l’article :