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(T)rêve hivernal : comment en finir avec la précarité énergétique

Mardi 15 octobre au Musée social, Enercoop organisait avec Énergie solidaire un débat sur les mesures à prendre pour enfin concilier transition énergétique et justice sociale.

La soirée a commencé avec la présentation par la photographe Stéphanie Lacombe de son travail avec l’association Abbé Pierre, qui a trouvé un écho médiatique en donnant un visage aux familles en situation de précarité. Dépressions, problèmes de santé, logements insalubres, endettement, qu’ils soient familles nombreuses, monoparentales, retraités ou personnes seules, malgré la prise en charge bien souvent déjà effective par les services sociaux, la situation de ces ménages est accablante.

Exposition « En résistance contre le froid » + lien vers le site internet de la photographe ?Exposition « En résistance contre le froid »

Charles Pénaud, Directeur de Croix-Rouge Insertion Logiscité et référent du réseau RAPPEL en Île de France (réseau des acteurs de la pauvreté et précarité énergétique dans le logement) a ensuite brossé le tableau des politiques de lutte contre la précarité énergétique en France. Nées dans les années 1990 en Angleterre, ces politiques sont arrivées en France dans les années 2000, en étant avant tout envisagées sous l’angle financier ou de l’aide sociale, pour aider les familles à payer leurs factures. Or la précarité énergétique est souvent due à la combinaison de ces difficultés financières à des logements peu performants énergétiquement. Il rappelle que malgré un prix de l’électricité en France parmi le plus bas d’Europe, le nombre de personne en situation de précarité augmente, avec 7 millions de personnes concernées en 2018 (selon l’ONPE https://www. onpe.gouv.fr).

Franc Billeau, Dirigeant - Fondateur du "Réseau éco habitat" a ensuite expliqué avoir créé son entreprise suite au constat d’un paradoxe : il existe un gros marché de la rénovation énergétique et beaucoup de dispositifs financiers, or beaucoup d’entreprises du bâtiment mettent la clef sous la porte et les objectifs des politiques de rénovation énergétique ne sont pas atteints.

Pour lui le problème vient du financement du reste à charge : même si 50 % des travaux sont pris en charge par différents dispositifs de soutien, le reste ne peut pas être payé par les ménages en situation de précarité. Aujourd’hui le Réseau éco habitat accompagne des propriétaires occupants identifiés par un réseau de bénévoles (ni vendeurs, ni travailleurs sociaux) et les met en lien avec des entrepreneurs du bâtiment. Ils vont ensuite chercher toutes les aides existantes pour faire aboutir les travaux (Agence nationale de l’habitat, communautés de communes, région, organismes de protection sociale, fondations caritatives...).

Il note d’ailleurs qu’il serait plus juste de parler de précarité en général, car pour 50 % des personnes qu’ils accompagnent, la réhabilitation de leur logement leur permet de retrouver stabilité et emploi.

Quid de la place des fournisseurs ?

Afin de sensibiliser les différentes parties prenantes de la coopérative à ces sujets et participer à lutter contre la précarité énergétique, Enercoop a créé en 2016 le fonds de dotation Énergie solidaire. Le fonds collecte des micro-dons via les factures d’électricité des consommateurs Enercoop afin de soutenir les associations qui œuvrent déjà sur le terrain. Aujourd’hui, 2000 clients d’Enercoop ont souscrit au micro-don et trois associations sont déjà soutenues grâce à ce système.

Énergie Solidaire s’appuie aussi sur les producteurs d’énergie qui peuvent donner une partie de leur production à Enercoop pour qu’elle soit reversée sous forme de don monétaire à Énergie solidaire.

Soutenir Énergie solidaire : faire du micro don sur sa facture.


Enfin Cécile Duflot , Directrice Générale d’Oxfam est intervenue pour rappeler que les premières victimes du dérèglement climatique sont aussi les plus pauvres, alors qu’ils en sont moins à l’origine. En France par exemple les plus pauvres contribuent plus en proportion à la taxe carbone, alors qu’ils polluent beaucoup moins.

Elle rappelle qu’on ne peut opposer justice sociale et transition écologique, car il faut s’attaquer aux deux en même temps. Les inégalités aggravent la pauvreté, et il est plus efficace de lutter contre les inégalités que de chercher une hypothétique croissance pour mettre fin à la pauvreté. De même pour elle on ne peut utiliser la taxe carbone seule, sans offrir de solution aux ménages les plus pauvres pour faire face à ces hausses de dépense sur des biens de base.

Techniquement la puissance publique a les moyens d’agir, via trois outils :

- la réglementation (interdire les passoires énergétiques par exemple) ;

- la fiscalité (taxer le carbone, offrir des crédits d’impôt pour rénover par exemple) ;

- les investissements de la commande publique (ou l’orientation de la commande privée).

Les moyens financiers sont aussi là : pour baisser de 40 % les émissions de gaz à effet de serre il faudrait 1 500 milliards d’euros dans l’Union européenne chaque année. Or, les dépôts bancaires des banques européennes, c’est 31 000 milliards. C’est un rapport de 1 à 30 !

Ils ont aussi pu mesurer en Angleterre qu’un euro dépensé dans la lutte contre la précarité des personnes âgées permettait de récupérer 80 centimes sur les budgets de santé.

Agir est donc possible, conclut Cécile Duflot. La recette ? « Plus de partage des richesses, plus de partage des pouvoirs et plus de protection de la planète. C’est ainsi qu’on changera ce modèle capitalistique incapable de gérer ses propres excès ».