Publié le lundi 8 juin 2026

Collectivités et rénovation énergétique des bâtiments
les actions à mettre en place

Le Bureau d’études thermiques d’Enercoop vous propose une série de mesures à mettre en place pour faire avancer votre commune sur le sujet de la rénovation énergétique. Nous parlerons des actions à mettre en place pour les bâtiments publics mais également le logement. Nous nous concentrerons sur les mesures purement énergétiques. Pour les sujets d’accès au logement, nous vous renvoyons vers le travail réalisé par la Fondation pour le Logement des Défavorisées qui a sorti son dernier rapport début février et la plateforme Mairie Me portée par le Collectif pour une Transition Citoyenne.

La rénovation des bâtiments publics

Le mandat en cours, suite aux élections de mars, est celui du point de passage 2030 du dispositif éco-énergie tertiaire. Ce décret oblige tous les bâtiments tertiaires supérieurs à 1000m² à suivre leurs consommations et mettre en place des actions d’économies d’énergie pour réduire de 40 % par rapport à une année de référence, ou atteindre un seuil fixé par décret. La première étape consiste donc à organiser le suivi des consommations en kWh et plus simplement en euros. Vous pouvez vous appuyer sur les Conseillers en Énergie Partagée s’il y en a sur votre territoire, ou alors les Économes de Flux financés en propre dans votre commune ou à retrouver au sein de votre Syndicat d’Énergie.

La deuxième étape consiste à établir une stratégie, une priorisation de vos bâtiments. Le facteur énergie n’étant pas la seule raison de mener des travaux, il faut adopter une vision globale intégrant le projet politique du mandat et un bon niveau de connaissance du parc de bâtiments. Une bonne façon de mener ce travail est de s’appuyer sur les retours d’expérience des Schémas Directeur Immobiliers et Énergétiques qui peuvent être financés en partie par le dispositif ACTEE. Si vous préférez vous concentrer sur le volet purement énergie, il existe des outils pour toutes les tailles de communes de eSHERPA mis en place par AMORCE et la Banque des Territoires à Planiss’Immo développé par l’institut négaWatt et qui nécessite minimum 80 bâtiments pour fonctionner. C’est à partir de ce diagnostic que vous fixerez le nombre de rénovations réalisables au cours du mandat. N’oubliez pas d’intégrer dès cette phase vos réflexions sur la partie énergie renouvelables (potentiel solaire photovoltaïque, réseau de chaleur à construire ou étendre).

Une fois les bâtiments à rénover identifiés, vous allez devoir définir le programme de travaux précis attendu. En fonction du degré de détail de la phase stratégie vous pouvez soit faire des audits énergétiques avec études de scénarios de travaux, soit vous connaissez déjà les travaux et pouvez passer en maîtrise d'œuvre conception. Les syndicats d’énergie proposent pour la plupart des marchés à bon de commande pour obtenir un prix négocié auprès des bureaux d’études. Les communautés de communes peuvent également passer leur propre appel d'offres pour faire bénéficier des études à toutes les villes qu’elles couvrent en s’appuyant sur le cahier des charges du programme ACTEE. Point important, il n’est pas pertinent de réaliser des audits sur tous vos bâtiments : un bon ciblage vous fera gagner du temps et économiser de l’argent.

À ce stade, il est important d’intégrer à la réflexion un angle mort de nos outils réglementaires : l’adaptation au changement climatique. Ce n’est pas l’objet de cet article de revenir sur les raisons d’une mauvaise prise en compte de ce facteur mais les exemples de canicule en septembre 2023 et juin 2025 nous montrent bien un manque de préparation face à ces phénomènes qui vont devenir de plus en plus fréquents. Nous vous citons donc quelques ressources dans l’attente de réaliser un article plus complet sur le sujet : les plateformes Adaptaville et Plus Fraîche Ma Ville, les cours Oasis, le guide pratique de la Banque des Territoires pour l’adaptation des écoles, le programme Episeine qui peut se décliner sur les autres bassins versants et le centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique du Céréma.

Enfin vient la phase de réalisation des travaux. C’est une étape bien connue des collectivités qui supervisent depuis longtemps la construction de leur commune. Nous n’avons donc ici que quelques recommandations spécifiques aux rénovations qui ont souvent lieu en site occupé. Il est important de bien choisir sa stratégie de travaux : 

  • utiliser les périodes de fermeture lors des vacances scolaires mais avec des conditions de chantier en été qui vont connaître des canicules,
  • prévoir une fermeture longue avec solution de remplacement en changeant d’école ou de locaux administratifs,
  • organiser les travaux par tranche sur des ailes différentes du bâtiment pour ne pas avoir à trouver un autre site.

Dans tous les cas de figure, une bonne communication est primordiale, à la fois auprès des agent⋅es de la collectivité, des bénéficiaires du service et du voisinage. Il faudra veiller à utiliser de façon complémentaire les canaux de communication (bulletin municipal, réunions de quartier, courrier aux administrés) et être transparent dans les retards et contretemps. 

La rénovation des logements privés

Une collectivité a moins de leviers directs sur les logements privés que pour son propre parc de bâtiments. Elle peut cependant organiser l’environnement qui permettra à ses habitant⋅es de s’engager dans un parcours de rénovation. 

La première étape est de s’assurer d’avoir des relais locaux du Service Public France Rénov. Porté par des associations, des Agences Locales de l’Energie et du Climat ou en interne du territoire, les conseiller⋅es répondent aux questions techniques, administratives et financières autour de la rénovation, en maison individuelle ou copropriété selon le tissu urbain du territoire. En plus des rendez-vous téléphoniques ou en visio, vous pouvez organiser une permanence dans votre commune pour avoir du présentiel. Et si vous avez beaucoup de logements collectifs, vous pouvez demander à intégrer la plateforme Coach Copro qui permettra de centraliser les événements, retours d’expérience et un annuaire d’entreprises locales.

Une autre façon de mobiliser sa population passe par la mise en place d’une Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat (OPAH). Elle consiste à cibler un quartier ou un bourg, à se fixer des objectifs en nombre de rénovation et à renforcer l’accompagnement des habitant⋅es de cette zone avec une aide financière et technique (recrutement d’un opérateur pour réaliser les entretiens et diagnostics). Prévues pour une période de 3 à 5 ans, elles se déclinent selon le type de territoire en Renouvellement Urbain, Revitalisation Rurale ou Copropriété Dégradée. Les logements concernés peuvent être dans le parc social ou le parc privé. Le dispositif doit s’inscrire dans les autres documents cadres que sont le Plan Local de l’Habitat (PLH) et le Plan Départemental de l’Habitat (PDH).

Il existe des aides au niveau national pour financer les travaux comme les Certificats d’Economie d’Energie ou Ma Prime Rénov. En tant que commune ou intercommunalité, vous pouvez décider de créer une aide pour cibler un point qui vous semble mal répondu aujourd’hui : les études en copropriété comme le fait Eco-Rénovons + à Paris, les panneaux photovoltaïques à Bordeaux Métropole, les protections solaires pour l’été. Pour chaque dispositif, il faudra définir les critères d’attribution (plafond de ressource, âge du bâtiment, qualification des professionnels, etc…) mais également le circuit de décision. Des communes proposent également une exonération partielle ou totale de la taxe foncière pour les logements qui ont réalisé des travaux de rénovation.

Un autre angle de travail concerne les documents d'urbanisme. Certains types de travaux comme l’isolation par l’extérieur ou de la toiture peuvent être empêchés à cause d’un débordement sur l’espace public ou un dépassement de gabarit. Ces autorisations de dépassement sont désormais à intégrer dans toutes les refontes de Plans Locaux d’Urbanisme (PLU). Plus globalement, des enjeux de végétalisation et d’adaptation au changement climatique sont à prendre en compte. Une attention particulière doit être donnée à la formation des services instructeurs à propos de ces nouveaux éléments. 

Un dernier aspect sur lequel peut travailler le territoire concerne l’animation d’un réseau de professionnels. Cela peut prendre la forme de l’organisation d’un forum à destination des habitant⋅es, en passant par la mise en place d’un annuaire des professionnels locaux à des événements conviviaux pour permettre aux professionnels de se rencontrer, réseauter et avoir les dernières informations en matière de réglementation et d’aides financières. Pour être à la bonne échelle, il faut le prévoir au niveau d’un bassin de vie donc a minima sur une intercommunalité. Cette animation doit être complémentaire des actions déjà menées par les syndicats professionnels (CAPEB, FFB) et les chambres consulaires (CMA, CCI). Par exemple, il peut être intéressant d’aider les entreprises à se former pour obtenir la qualification RGE ou passer du travail en silo à une réflexion de rénovation globale et performante comme peut le faire l’entreprise Dorémi.

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