Comment votre vote aux municipales pourrait influencer l'avenir des énergies renouvelables ?

Dimanche 15 et 22 mars, nous pourrons voter pour les équipes communales de nos territoires. Mais quel lien existe-t-il entre les communes et les énergies renouvelables ? En quoi ce vote peut influencer l’avenir des énergies renouvelables ? Nous vous en disons plus sur le sujet !
Les collectivités au cœur de l’action
Tout ne se joue pas à l’échelle nationale.
Bien que les grandes orientations stratégiques d’une politique énergétique soient adoptées à l’échelle nationale, tout ne se joue pas à cette échelle.
La collectivité locale a un rôle indispensable : celui de gérer son territoire à travers les politiques publiques qu’elle doit mettre en œuvre et les compétences dont elle dispose. Mais elle peut aussi être une animatrice dynamique à l’échelle du territoire en encourageant des projets et des acteurs, actrices à agir. Ce rôle d’animation peut être joué par exemple sur la question énergétique.
Les actions de transition énergétique comme la sobriété, la rénovation, le développement des énergies renouvelables sont aussi des actions à mener à l’échelle des territoires et leurs impacts se font ressentir localement.
Problème : si les compétences attribuées aux collectivités sont de plus en plus nombreuses, les moyens qui leur sont alloués baissent continuellement.
Les compétences clés des collectivités pour agir

© Le Pèlerin
À l’échelle de la commune, il y a des compétences très stratégiques liées à la transition énergétique :
- l’urbanisme : qui gère l’organisation du territoire et son aménagement. Un territoire qui pourrait être par exemple plus dense en termes d’habitations/de population, pourrait rendre plus accessible les mobilités alternatives ou laisser plus de place au développement des énergies renouvelables.
- le logement : avec la rénovation du bâti par exemple.
- l’environnement : qui comprend la gestion des espaces naturels et la politique énergétique.
La commune : actrice de l'accélération ou du ralentissement du développement des énergies renouvelables
Les communes ont entre leurs mains plusieurs outils pour aider ou ralentir le développement des énergies renouvelables :
- avec des terrains publics : en choisissant ou non de mettre à disposition des terrains ou des toitures.
- le conseil municipal et le maire ont des prérogatives en matière d’urbanisme. Pour implanter un projet d’énergie renouvelable, il est nécessaire de faire évoluer le plan local d’urbanisme et dans ce cas c’est le conseil municipal qui décide ou non de cette évolution.
- pour faire venir les pales des projets éoliens, il est parfois nécessaire d’emprunter les chemins communaux et pour cela, les développeurs doivent avoir une autorisation de la commune.
- le maire rend également des avis consultatifs sur les projets d’énergie renouvelable proposés sur des terrains privés. Ces avis sont généralement suivis par les départements qui donnent les autorisations départementales.
L’énergie renouvelable citoyenne, un levier d’action inestimable pour les communes
À l’heure où les ressources financières se font rares, envisager un projet d’énergie renouvelable à gouvernance locale est un pari gagnant pour les communes. En effet, en associant leurs habitant⋅es, les entreprises et les associations implantées sur leur territoire, les communes auront entre les mains un ferment de démocratie locale très puissant, pour dessiner avec toutes les parties prenantes le projet qui correspondra à leurs besoins en étudiant tous les aspects. Comment alimenter en énergie les services publics locaux ? Dans quelles conditions revendre le surplus d’électricité produite ? Sur quel espace implanter un nouveau parc ? Avec quelles mesures de protection de la biodiversité environnante ? Comment partager la richesse créée ?
Cerise sur le gâteau, les projets à gouvernance locale génèrent 2,5 à 3 fois plus de retombées économiques locales que les projets conduit par un développeur totalement privé, qui n’associe pas des parties prenantes du territoire à sa gouvernance. Ainsi en 2024, les énergies renouvelables ont rapporté plus de 2,1 milliards d’euros de retombées fiscales au niveau local, ce qui en font l’un des rares leviers fiscaux pour augmenter les recettes locales.
En déployant des projets d’autoconsommation collective, les collectivités permettent en outre de renforcer la résilience des acteurs locaux grâce à une électricité produite localement, à coût maîtrisé et libérée des incertitudes du marché. Dans le même but, la commune peut également avoir recours à des contrats de vente directe d’électricité, pour acheter à prix fixe et sur le long terme l’électricité nécessaire à sa consommation.
Enfin, ces projets permettent de valoriser des espaces inutilisés par l’installation de panneaux solaires sur des toitures ou des terrains dégradés.

La commune, un échelon qui peut néanmoins faire obstacle au déploiement du renouvelable
Risque d’une majorité anti-énergies renouvelables suite aux municipales
Dans ce contexte, on comprend que des électeurs et électrices avisé⋅es ont tout intérêt à décortiquer les programmes qui leur sont soumis avant de glisser un bulletin dans l’urne. En effet, on constate une montée de l’extrême droite, historiquement hostile aux énergies renouvelables, et une diffusion à droite des idées anti-énergies renouvelables.
Rappelons ainsi que dès 2012, Marine Le Pen déclarait “je suis contre les éoliennes, c’est immonde et ça ne marche pas”. L’opposition du FN puis du RN au photovoltaïque et à l’éolien ne s’est jamais démenti et le parti réclame de longue date un moratoire sur ces deux types d'énergie. Dix ans plus tard, candidate aux présidentielles, dans son programme, son mix énergétique idéal aurait été composé à 80 % de nucléaire, les 20 % restants reposant sur de la géothermie et de l’hydroélectricité.
Un programme démenti par tous les scénarios prospectifs (ADEME, RTE, GIEC, négaWatt*) qui tous soulignent que la décarbonation ne se fera pas sans le renouvelable. Une position extrême qui va également à l’encontre de la volonté de leurs propres électeurs et électrices qui se déclarent à 77 % favorables au renouvelable dans une enquête “Énergies : que veulent vraiment les Français ? », réalisé par l’IFOP pour Engie et la Fondation Jean-Jaurès en avril 2025 auprès de 12 000 personnes.
Plus inquiétant, cette hostilité historique se propage à droite. Ainsi en juin dernier, c’est un député LR qui a présenté un amendement, reprenant le projet de moratoire sur tout nouveau projet éolien ou photovoltaïque du RN, qui a été adopté par l’Assemblée nationale, examinant une proposition de loi qui n’a finalement pas été adoptée. Le mois suivant, trois cadres des Républicains – dont Bruno Retailleau – signaient une tribune demandant l’arrêt de tout financement public aux renouvelables. Une partie de la droite joue ainsi avec la survie d’une filière qui devrait être soutenue pour son rôle clé dans l’atteinte de nos objectifs de décarbonation et pour son potentiel d’emplois.
Aujourd'hui, 17 villes sont gérées par des élu⋅es du Rassemblement National. La carte Streetpress, qui recense l’ensemble des communes pouvant potentiellement basculer à l’extrême droite, comptabilise une cinquantaine de villes qui pourraient être dans ce cas aux prochaines élections municipales.
Selon les positions des équipes municipales, les projets pourraient donc prendre beaucoup plus de temps pour se développer ou ne pas du tout se faire.
En définitive, les communes ont un rôle essentiel à jouer au niveau local pour influencer le développement des énergies renouvelables. Les élections municipales à venir sont donc cruciales pour l’avenir des énergies renouvelables en France. En tant que citoyen⋅nes, vous pouvez agir localement en allant voter les 15 et 22 mars prochain !
Lire notre autre article sur le sujet : Les élections municipales, un enjeu clé pour les énergies renouvelables
*ADEME = Agence de la transition écologique, RTE = gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France, GIEC = Groupe d'expert⋅es intergouvernemental sur l'évolution du climat, négaWatt = Association à but non-lucratif créée en 2001 qui rassemble une vingtaine d’expert⋅es impliqué⋅es dans des activités professionnelles liées à l’énergie.








