Pourquoi la concertation change tout dans nos projets d'énergies renouvelables

Pour Enercoop Paca, développer des projets d’énergies renouvelables ne se résume pas à installer des panneaux solaires. Produire de l’électricité renouvelable signifie avant tout travailler avec un territoire : ses habitant·es, ses élu·es et ses acteurs locaux.
Fidèle à sa raison d’être – redonner aux citoyens le pouvoir sur leur énergie – la coopérative place la concertation au cœur de sa démarche, bien au-delà des obligations réglementaires.
Étude de contexte, groupes moteurs citoyens, pédagogie et dialogue avec les oppositions permettent de construire des projets réellement ancrés localement, plus justes et plus robustes.
Pour comprendre cette méthode de concertation “à la manière Enercoop”, nous avons échangé avec Sophie, chargée de projets chez Enercoop Paca.
Comment tu définirais, en une ou deux phrases, la concertation « à la manière Enercoop » ?
La concertation, telle qu'on la pratique chez Enercoop Paca, c’est refuser de débarquer sur un territoire avec un projet tout ficelé. On vient avec une idée, mais on propose de travailler ensemble.
Pour nous, un projet d’énergie renouvelable ne peut être solide que s’il est réellement ancré dans son territoire.
Qu’est-ce qui distingue fondamentalement notre approche de celle d’un développeur « classique » ?
La majorité des développeurs se contentent du minimum légal, c’est-à-dire de l’enquête publique : un commissaire enquêteur est désigné, se tient à disposition en mairie pour recueillir les questions et observations, vérifier que les informations sur le projet sont bien accessibles, Puis il rédige un rapport qui est transmis au préfet.
Enercoop Paca intervient bien avant. On cherche à comprendre le territoire, ses dynamiques, ses sensibilités politiques, ses représentations, ses craintes.
On ne veut pas arriver en niant le contexte local. Notre objectif n’est pas d’imposer un projet, mais de le co-construire.
Pourquoi est-ce important, pour Enercoop Paca, de ne pas se contenter du minimum légal ?
Parce que l’enquête publique arrive tard, quand le projet est déjà très avancé. Si on attend ce moment-là pour dialoguer, c’est trop tard : les positions sont figées.
Enercoop Paca lance la concertation dès le stade 0 ou 1 du projet. C’est une question de respect du territoire. Ça crée un rapport de politesse : on vient expliquer notre intention avant de décider.
Qu’est-ce qu’on cherche à éviter absolument quand on arrive sur un territoire ?
L’aspect colonialiste. Arriver avec un projet “clé en main” sans tenir compte des dynamiques locales.
On cherche aussi à éviter l’effet “réunion publique explosive”, où les tensions s’expriment brutalement faute d’avoir été travaillées en amont.
COMMENT ÇA SE PASSE CONCRÈTEMENT
Quelles sont les grandes étapes d’une démarche de concertation type ?
- Étude de contexte très en amont
- Élaboration d’une stratégie de concertation adaptée
- Constitution d’un groupe moteur
- Réunions publiques et visites de terrain
- Ateliers participatifs (retombées économiques, implantation, etc.)
- Actions pédagogiques (écoles, dynamiques locales)
Il n’y a pas de calendrier type : chaque territoire est différent, chaque projet aussi : on adapte la concertation à la taille du projet et aux spécificités locales.
Pourquoi l’étude de contexte est-elle une étape clé ?
Avant de s’implanter, il faut connaître le territoire.
L’étude de contexte permet d’identifier les acteurs locaux, de comprendre les représentations et attentes, de repérer les synergies ou les décalages de vision et d’anticiper les réactions.
On réalise des entretiens, on fait une veille presse, on analyse le contexte politique local. Ça permet de savoir où on met les pieds.
Comment cela influence la stratégie de concertation ?
Ça va nous permettre d’adapter la fréquence des ateliers, le type de rencontres, les sujets à approfondir, le calendrier, etc. La concertation est planifiée dans le temps et structurée, ça nous aide à voir là où on va devoir mettre de l’énergie.

LE GROUPE MOTEUR
Qu’est-ce qu’un groupe moteur ?
Un groupe moteur, c’est un groupe de personnes du territoire — habitant·es, élu·es, associations, acteurs locaux — qui s’engagent à suivre le projet du début à la fin. Il est constitué très en amont, après une étude de contexte, et joue un rôle de lien permanent entre le projet et le territoire.
Ce groupe reçoit les informations clés, peut poser des questions, formuler des avis et, selon les projets, participer à de vraies décisions, comme l’implantation des installations. L’objectif n’est pas de consulter “pour la forme”, mais de permettre aux citoyens de comprendre, de monter en compétence et d’influencer réellement le projet.
Pour nous, le groupe moteur est un outil central de démocratie locale : il renforce l’appropriation du projet et contribue à sa bonne intégration sur le territoire.
Pourquoi avoir un groupe moteur ?
Pour créer un espace structuré où le territoire puisse réellement influencer le projet. Le groupe moteur c’est un peu la courroie de transmission entre le porteur de projet et le territoire.
Quel est son rôle ?
Il reçoit les informations au fur et à mesure de l’avancement du projet, il donne son avis, participe aux réflexions stratégiques et contribue à bonifier le projet.
Sur quelles décisions a-t-il un vrai pouvoir ?
Ça va vraiment dépendre des projets. Mais pour le projet de Chanenc à Jausiers, par exemple, c’est le groupe moteur qui a choisi l’implantation finale de la centrale. Il y avait 3 scénarios d'implantation : le scénario “optimisé” couvrait 8 hectares. Le groupe moteur a proposé un scénario intermédiaire de 5 hectares, plus adapté au territoire et c’est ce scénario qui a été retenu au final.

LA MONTÉE EN COMPÉTENCE CITOYENNE
Pourquoi former les membres du groupe moteur ?
Pour qu’ils puissent faire des choix éclairés et rationnels. On leur apporte des éléments techniques, économiques, juridiques. On invite des experts sur site, comme des écologues par exemple, pour expliquer les enjeux.
Un public informé reçoit des données. Un public formé comprend les mécanismes et peut arbitrer, il a davantage de pouvoir d’action.
En quoi cette montée en compétence est-elle une réussite en soi, au delà du projet énergétique ?
La concertation ne s’arrête pas à la centrale. Ce qu’on cherche, c’est enclencher une dynamique locale durable. Quand des habitant·es montent en compétence sur les enjeux énergétiques, ils peuvent ensuite s’impliquer dans d’autres projets, créer une coopérative locale, porter des initiatives nouvelles.
Par exemple, à Jausiers, Selonnet ou Saint-Pons, des ateliers ont permis de réfléchir collectivement à l’usage des retombées économiques du projet, avec des actions qui peuvent toucher à l’alimentation, à la santé ou encore aux transports.
On le voit aussi très concrètement à Mallemort : autour du parc solaire, un sentier pédagogique a été conçu avec des classes de l’école primaire, en lien avec les partenaires du projet. Ce parcours permet aujourd’hui d’expliquer l’énergie solaire, la biodiversité et l’histoire du site à toutes celles et ceux qui le visitent. Ce type d’initiative montre que la concertation peut laisser une trace durable sur le territoire — pas seulement une installation technique, mais un outil de transmission et d’appropriation collective.
LES OPPOSITIONS : UN MATÉRIAU DE TRAVAIL
Quelle place donne-t-on aux opposants ?
En général, on distingue deux types d'opposants :
- ceux qui manquent d’information
- ceux qui sont opposés par principe
L’objectif n’est pas de convaincre à tout prix, mais de mettre le projet en valeur et d'expliquer les bénéfices pour le territoire.
Est-ce que le dialogue peut faire évoluer la position des opposants ?
Sur le projet de Chanenc à Jausiers, une personne initialement très opposée a fini par intégrer le groupe moteur. En comprenant les enjeux et la philosophie du projet, elle est devenue soutenante et a même joué un rôle d’interface pendant les travaux.
Qu’est-ce que ça change ?
Un projet mieux accepté, c'est moins de tensions pendant le chantier. On a quelques indicateurs concrets pour mesurer ça, comme l’absence de recours, parfois même des pétitions de soutien ou encore des dynamiques locales qui se poursuivent.
UNE METHODE PLUS ROBUSTE
Pourquoi cette méthode est-elle plus longue mais plus robuste ?
Toute la différence se joue sur le fait que cette méthode prend le temps d’installer la confiance. Elle évite les blocages tardifs et les conflits figés.
Pourquoi est-elle essentielle aujourd’hui ?
Dans un contexte de tensions autour des énergies renouvelables, on ne peut plus se contenter du minimum légal. Les projets doivent être pédagogiques, transparents et territorialisés. Un projet énergétique n’est pas seulement une infrastructure technique, c’est un projet politique, social et territorial.
Et la plupart des gens ont du bon sens… à partir du moment où on les écoute.








