Publié le mardi 10 août 2021

Canicule, vague de chaleur :
la précarité énergétique, c’est aussi l’été !

Pour de nombreuses personnes, la précarité énergétique est souvent synonyme de froid et de difficulté de se chauffer en hiver. Pourtant, la précarité énergétique c'est aussi la difficulté de rafraîchir son logement l'été. Et les personnes qui y sont exposées sont souvent les mêmes que celles qui souffrent du froid en hiver. Tour d'horizon de la question et pistes d'actions avec Energie Solidaire, fonds de dotation et partenaire d'Enercoop.

En Europe, la précarité énergétique est aussi estivale

La précarité énergétique est un concept difficile à définir et à délimiter. Au niveau européen, il n’y a pas de définition communément acceptée, comme le relève l’institut Jacques Delors. Ainsi, l’Observatoire européen de la précarité énergétique (EU Energy Poverty Observatory) utilise 28 indicateurs pour mesurer le phénomène, avec 4 indicateurs principaux. Ainsi, en regardant les taux d'impayés ou de retard de paiement des factures énergétiques, les consommations d'énergie, la part des dépenses énergétiques dans les revenus et la capacité à chauffer ou rafraîchir son logement, il est possible de savoir si un ménage est en situation de précarité énergétique. Ces indicateurs sont principalement utilisés pour mesurer la précarité énergétique en hiver, mais ils évoluent régulièrement pour permettre une meilleure appréhension du sujet tout au long de l'année.

Car la précarité énergétique ne s’arrête pas à la fin de la période hivernale. L’institut Jacques Delors, dans un rapport de février 2021, relève que la précarité énergétique estivale est largement sous-estimée. Plusieurs études s’intéressent à ce phénomène, notamment dans les pays du Sud, comme Chypre ou le Portugal (voir par exemple celle-ci et celle-là). Et en effet, ces derniers connaissent davantage de précarité énergétique l’été, qui est elle aussi très problématique. Au-delà du climat de ces pays, cela s’explique par l’absence d’appareils de rafraîchissement adéquats chez les ménages, ou de la limitation de leur utilisation en raison du coût de l’énergie. Il s’agit bien de précarité énergétique , mais en tant de canicule !

La précarité énergétique estivale en Europe

L’observatoire européen de la précarité énergétique (EU Energy Poverty Observatory) a notamment mesuré le confort d’été dans différents pays européens. La carte ci-contre représente le ressenti du confort d’été dans les différents pays. Plus la couleur est sombre, plus une part importante de la population déclare vivre confortablement l’été dans son logement. On constate qu’il y a des disparités importantes entre les pays du Nord de l’Europe et les pays du Sud. En particulier, au Portugal seulement 66 % des Portugais considèrent que les systèmes de rafraîchissement de leur logement sont suffisants, contre 82 % en France et 86 % en Allemagne. En Bulgarie, le chiffre n’atteint que 47 % de la population !

Cliquez sur l'image pour découvrir la carte interactive.

Un phénomène qui va s’aggraver, avec le changement climatique

La précarité énergétique estivale est déjà une question de vie ou de mort – pensons aux canicules meurtrières, comme celle de 2003, qui montrent que tous les pays européens sont touchés.

Le phénomène va s’aggraver, avec le changement climatique et les vagues de chaleur de plus en plus nombreuses. On le voit déjà, les achats de climatiseurs sont de plus en plus nombreux et les pays aux climats tempérés sont aussi concernés. Le rapport du GIEC, à paraître le 9 août, devrait confirmer la tendance : les phénomènes climatiques extrêmes vont se multiplier, comme les dômes de chaleur, tel que celui qu’a connu le Canada cette année, ou encore les canicules.

Aussi, comme pour la précarité énergétique hivernale, celle de l’été touche en particulier les populations défavorisées. Anne-Lise Boyer dans le chapitre « Adaptation au changement climatique – une nouvelle injonction capitaliste » de l’ouvrage collectif Le Capital dans la cité (sous la direction de Matthieu Adam et Émeline Comby) souligne :

« Les espaces urbains les plus pauvres sont non seulement les espaces les plus vulnérables aux vagues de chaleur, mais aussi les plus chauds. […] À l’échelle intra-urbaine, les quartiers les plus pauvres sont les plus chauds et manquent de ressources essentielles dans leur environnement physique pour les aider à faire face à la chaleur extrême. » p.33-34, Le capital dans la cité

C’est également ce que note le rapport de l’institut Jacques Delors : les personnes qui vivent dans des quartiers défavorisés ont plus de risques de se trouver dans des îlots de chaleur urbains, et d’avoir des logements moins bien isolés qui laissent entrer la chaleur. Les personnes les plus fragiles sont les plus exposées, comme les jeunes enfants, les personnes âgées ou les personnes malades.

Ainsi les populations les plus vulnérables sont et seront les plus exposées à la chaleur, mais sans avoir les moyens de rafraîchir leurs logements. C’est pourquoi la précarité énergétique estivale sera un enjeu majeur, y compris en France, dans les années à venir.

La climatisation ? Une fausse bonne idée !

Avec les pics de chaleur de plus en plus fréquents, les particuliers cherchent des solutions. Souvent, ils se tournent vers des appareils de climatisation. Pourtant, ce n’est pas une si bonne idée…

La consommation électrique des climatiseurs passera, si l’on suit la tendance actuelle, de 40 TWh en 2020 à 62 TWh en 2030, soit l’équivalent de la consommation des logements en Italie ! (source : Coolproducts) Car le nombre de climatiseurs explose : aujourd’hui dix climatiseurs par seconde sont vendus dans le monde (source : CLER). En ce qui concerne la France, on pourrait passer de 5 millions de climatiseurs installés chez des particuliers à 13 millions en 2050 !

Le problème des climatiseurs, c’est qu’ils consomment beaucoup d’électricité et créent des pics de consommation d’électricité l’été. Surtout, la climatisation crée un cercle vicieux : le logement est certes rafraîchi, mais l’appareil rejette de l’air chaud, ce qui réchauffe encore plus les rues et quartiers, alors même que l’on rencontre des problèmes d‘îlots de chaleur dans les villes. La consommation électrique de ces appareils contribue également au changement climatique, en émettant des gaz à effet de serre. Les fluides réfrigérants, utilisés dans les climatiseurs, sont quant à eux des gaz à effet de serre puissants – il ne faut surtout pas qu’il y ait de fuites, car les émissions de gaz à effet de serre en seraient encore multipliés ! (source : CLER)

En particulier, ce sont les climatiseurs mobiles qu’il faut éviter. D’une part, ils consomment beaucoup d’électricité. D’autre part, il est nécessaire d’ouvrir une fenêtre pour que l’air chaud puisse être évacué… un non-sens, puisque l’air chaud de l’extérieur rentre donc à l’intérieur par la même occasion !

Pour en savoir plus sur cette question, vous pouvez regarder cette émission Clés de notre énergie du CLER, à partir de la 52ème minute.

Alors, quelles solutions contre la précarité énergétique l’été ?

Quelques principes et conseils pour réduire la chaleur chez soi

Si la climatisation n’est donc pas forcément la solution, plusieurs gestes peuvent permettre de réduire la chaleur dans son logement. Cela repose sur trois principes, comme l’explique Dorémi dans cet article : limiter l’apport de chaleur, évacuer la chaleur et différer l’impact de la chaleur.

Il s’agit tout d’abord de limiter l’apport de chaleur. Pour cela, les volets, persiennes ou autres supports occultant les fenêtres sont essentiels. En effet, une façade ensoleillée de fenêtres sans occultation fonctionne comme un vrai radiateur ! Contrairement à ce que l’on pourrait penser, toutes les fenêtres sont concernées, quelque soit leur exposition. Végétaliser ses façades peut aussi aider à rafraîchir le logement. Avoir des appareils à basse consommation permet aussi de réduire la chaleur à l’intérieur, que ce soit les appareils de cuisson ou les appareils électroniques comme la télévision. Pour limiter l’apport de chaleur, le mieux est encore d’avoir un logement bien isolé, c’est-à-dire une isolation performante, avec toutes les parois isolées et pas de pont thermique, mais aussi une ventilation suffisante.

Si la chaleur est entrée, alors il faut essayer de l’évacuer. Pour cela, lorsque c’est possible, aérer la nuit est idéal, en essayant de créer des courants d’air. Si l’on possède une VMC à double flux, elle contribuera au refroidissement avec le renouvellement de l’air.

Enfin, Dorémi souligne que l’inertie permet de limiter la montée en chaleur du bâtiment. L’isolant ou la maçonnerie choisis peuvent favoriser l’inertie, en sachant que l’inertie de la maçonnerie est plus importante que celle des isolants.

Vous pouvez également retrouvez nos conseils pour vous rafraichir

La rénovation performante, une solution durable

Ces conseils sont utiles pour tous les ménages. Mais lorsqu’on est en précarité énergétique, ils ne suffisent souvent pas. Car l’isolation, comme on l’a dit, est très importante pour le confort d’été.

Ainsi, une solution durable à la précarité énergétique, été comme l’hiver, est la rénovation complète et performante  ! Elle englobe plusieurs postes de travaux dans la définition de Dorémi  : on agit sur l’isolation des murs, du toit, du sol, sur les fenêtres mais aussi sur la ventilation. C’est cette rénovation qui va permettre d’atteindre le niveau bâtiment basse consommation (BBC) et ainsi réduire significativement les factures d’électricité en réduisant les besoins en énergie.

En somme, en été comme en hiver, la solution la plus durable à la précarité énergétique, c’est la rénovation énergétique performante de son logement !

Envie de savoir comment agir à votre niveau ? Vous pouvez consulter nos articles sur la rénovation énergétique ou devenir donateur pour Énergie Solidaire grâce à votre facture d'électricité Enercoop.

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