En 2005, au moment de la libéralisation du marché de l’électricité, plusieurs acteurs (Greenpeace, La Nef, Biocoop, CLER) se réunissent pour créer un fournisseur d’électricité renouvelable au service des citoyen⋅nes : ainsi naît Enercoop. Le projet s’appuie dès son origine sur le triptyque de l’Association négaWatt, à savoir “sobriété, efficacité, énergies renouvelables”. Si les énergies renouvelables doivent constituer le cœur même de l’activité, l’ambition d'accompagner la sobriété est déjà bien présente.
Des statuts juridiques cohérents avec l’ambition de sobriété
Pour cela, les fondateurs d’Enercoop s’appuient sur ce constat : changer de paradigme de consommation passe par la transformation des modèles économiques. Le raisonnement est le suivant : une entreprise “classique” cherche à générer des profits pour rémunérer des actionnaires ; elle doit donc nécessairement faire vendre plus dans une logique de croissance ; pour accompagner une démarche de sobriété il apparaît nécessaire de sortir de cette logique et opter pour un autre statut. Il s’avère que quelques années plus tôt, en 2001, le statut de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) vient d’être institué dans la loi, c’est donc de ce statut que les fondateurs d’Enercoop choisissent alors de s’emparer.
Ce choix instaure deux lignes directrices :
- d’abord nos statuts ancrent noir sur blanc une logique de lucrativité limitée transcrivant directement l’obligation légale relative au statut de SCIC. Le profit n’est pas la boussole de l’entreprise, permettant ainsi d’envisager la sobriété comme un des buts poursuivi ;
- ensuite, la SCIC fait de ses salarié⋅es des sociétaires, comme pour une SCOP, mais y ajoute d’autres parties prenantes, dont notamment les consommateurs, consommatrices et les producteurs et productrices. Ces collèges détiennent une part significative des voix à l’assemblée générale et au conseil d’administration. Les client⋅es sont donc aussi copropriétaires et investisseurs d’Enercoop, une double casquette qui les pousse structurellement vers la sobriété : les sociétaires-client⋅es n’ont pas d’intérêt à faire payer/consommer plus les client⋅es-sociétaires.
Dans leur préambule, les statuts d’Enercoop précise : “la SCIC est une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement. Elle permet l’association de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations ainsi que leurs besoins économiques, sociaux et environnementaux communs.” Parmi les objectifs, le premier établit est “Promouvoir la Maîtrise de la Demande d’énergie (MDE), dans l’objectif de réduction de la consommation”.
Afin de consolider ces engagements, les sociétaires votent en 2016 une charte qui explicite la vision de la transition énergétique d’Enercoop et place de nouveau en première, l’aspiration à une société “sobre et autosuffisante en énergie”. L’objectif est de lutter contre le “gaspillage de ressources”, et se traduit notamment par des actions de sensibilisation dans “une démarche d’appropriation des enjeux énergétiques” et par la conception de “solutions d’aide à la réduction des consommations”.
“Au sein de la coopérative, les producteurs, les distributeurs et les consommateurs sont associés. Un “circuit court de distribution” est ainsi créé entre producteurs et consommateurs. On développe alors une démarche de commerce équitable qui favorise l'entente, l'écoute mutuelle et respectueuse des attentes de chacun, et on harmonise ainsi les intérêts de chaque maillon de la filière avec un intérêt plus important, celui de l'ensemble. Le multi-sociétariat s'inscrit dans cette démarche pour permettre l'expression d'un intérêt collectif en réunissant, au-delà des consommateurs et des producteurs, l'ensemble des parties prenantes du projet, à savoir les salariés, les collectivités publiques et leurs groupements, les partenaires et les fondateurs. Cette volonté d'associer tous ces acteurs, de les faire interagir et de les faire participer à la gouvernance de la coopérative constitue le moteur du projet.”
Les statuts ainsi établis donnent un alignement parfait de valeur : en prônant la sobriété, Enercoop respecte ses engagements environnementaux, réduit les coûts pour ses clients et reste dans une logique de lucrativité limitée.
La sobriété, une affaire de mesure
Pour permettre aux clients⋅e de réduire leur consommation, cela passe avant tout par une première étape incontournable : la mesurer ! En effet, on n’agit mal sur ce que l’on ne connaît pas. C’est ainsi qu’Enercoop mets à disposition de ses client⋅es des relevés et analyses de leur profil de consommation d’électricité. À ce sujet, la loi prévoit dès 2017 l’obligation pour les fournisseurs d’électricité de mettre à disposition “dans un espace sécurisé” des relevés mensuels ou annuels - voire journaliers et infra-journaliers pour les client⋅es équipé⋅es de compteurs communicants - des indexes de consommation et des appels de puissance maximale. Mue par une ambition de sobriété Enercoop va plus loin et développe sur l’espace client des vues permettant de comparer les valeurs d’une année sur l’autre, de visualiser les jours correspondants aux extrema de consommation ou de l’énergie injectée sur le réseau par les installations photovoltaïques des client⋅es équipé⋅es (voir notre article dédié à ce sujet). Ces informations de contexte permettent une lecture éclairée des données énergétiques, qui peuvent sinon rester incompréhensibles pour le grand public.

Pour aller plus loin encore dans l’analyse personnalisée de ces données, nous avons d’ailleurs déployé un outil dès 2021 : les rapports MonSuiviConso. Ces rapports, développés initialement dans le cadre du projet projet Européen REScoop PLUS axé sur l’échange de bonnes pratiques entre coopératives autour de la sobriété et l’efficacité énergétique, et alors uniques dans le paysage des fournisseurs d’électricité (hors gros acteurs historiques), offrent à nos client⋅es un bilan trimestriel de leur consommation à l’aide de vues synthétiques et d’analyses de certains indicateurs plus techniques comme le talon de veille ou le ratio de leur consommation d’absence/présence. Enfin les rapports incitent également les clients à des économies financière sur leur abonnement en leur proposant la puissance souscrite et l’abonnement (BASE, Heures Pleines/Heures Creuses, …) les plus adaptés à leur profil de consommation : ce type de recommandation, plutôt contre-intuitive pour un fournisseur à but lucratif est justement permise et même valorisée par nos sociétaires, étant eux-mêmes client⋅es Enercoop.
Aller plus loin avec l’assistance à maîtrise d’usage
Dans la continuité du travail sur l’analyse des consommations et s’appuyant sur l’aspiration à la sobriété définie par ses statuts et sa charte, Enercoop porte un bureau d’études thermiques cherchant à s’extraire du modèle classique d’audit énergétique. Ainsi, plutôt que de partir avec l’objectif de réaliser des travaux de rénovation coûteux et incertains sur les économies du fait d’un possible effet rebond, l’idée est de venir questionner les usages existants pour y déceler des consommations inutiles et proposer la réorganisation des activités. Reprenant le travail mené par le bureau d’études INCUB, le projet de recherche SlowHeat et le guide de l’ICEB, ce sont d’autres principes organisationnels et comportementaux qui guident nos accompagnements : privilégier le chauffage des personnes plutôt que les espaces, identifier les consommations ne répondant à aucun besoin, s’assurer d’un arrêt réel des appareils en cas d’absence. Ainsi, en définissant spatialement, temporellement et avec le bon niveau de service à rendre, certaines structures sont parvenues à réduire drastiquement leurs consommations grâce à une montée en compétence sur leur propre confort et le fonctionnement des appareils qu’ils mobilisent. Le travail d’ingénierie passe alors de la recherche d’une solution technique à la mise en œuvre concrète de nouvelles procédures.
Les réflexions qui ont animé les différentes parties prenante d’Enercoop a traduit son choix de la sobriété comme axe stratégique en réinterrogeant l’usage des ressources et la nature des prestations offertes, avec pour guide d’“encourager la mutualisation des usages et la modularité des espaces” comme le recommande négaWatt.
En constante évolution, les usages de l’énergie ainsi que leur production s’accompagnent de nouveaux défis, et notamment ceux de la flexibilité. Ainsi, Enercoop reste attentif aux potentielles évolutions réglementaires (comme le SRI pour Smart Readiness Indicator) ou aux réflexions sur les usages (par exemple le diagnostic TELED pour Tâches Énergivores Lorsque l'Énergie est Disponible) étant de nature à impacter la construction et les usages futur dans les bâtiments.








