Publié le lundi 4 mai 2020

Une économie européenne résiliente
doit être bâtie sur des communautés locales renforcées

Les mesures politiques et économiques prises pour relancer notre économie face à la crise du Coronavirus doivent permettre la résilience du système à long-terme. Renforcer les communautés locales sera la clef pour atteindre cet objectif, selon Dirk Vansintjan.

Dirk Vansintjan est Président de la Fédération européenne des coopératives d’énergie renouvelable, REScoop.eu. Cette tribune a été initialement publiée en anglais sur Euractiv.

Dans les semaines à venir, les décideurs de l’Union européenne (UE) vont se pencher sur l’élaboration d’un plan afin de contribuer à relancer l’économie après la crise sanitaire actuelle. Lors d’une réunion des chefs d’États la semaine dernière, le Président du Conseil européen Charles Michel mettait l’accent sur le besoin de “développer une proposition qui garantit que nous sommes en capacité de gérer cette crise et assure la stabilité de l’UE”.

La situation actuelle met notre société à l’épreuve : sommes-nous équipés pour développer des réponses à cette crise qui assureront la stabilité de nos sociétés à long-terme ?

Je crois sincèrement que la réponse à cette question peut être oui. Mais cela ne sera possible que si nous nous assurons que les mesures prises feront en sorte que nos économies et nos sociétés soient plus résilientes à terme. Alors qu’il est crucial de développer des solutions qui relancent notre économie à court et moyen-terme à la suite de cette crise, il ne faut pas pour autant perdre de vue d’autres menaces qui pèsent sur nos économies et nos citoyens.

Cette dernière semaine, plusieurs experts ont soulevé le fait que la santé des personnes et l’état de l’environnement sont étroitement liés - que ce soit à travers une plus forte exposition à la faune sauvage ou la menace que présente la pollution de l’air pour notre santé.

Outre la crise du Coronavirus, nous savons que le changement climatique représente une des menaces systémiques les plus sévères et urgentes notre société globalisée doit faire face. A moins d’intégrer l’environnement dans nos décisions économiques, tout ce que nous faisons n’est que mettre un pansement sur la plaie sans en traiter la cause - et ainsi nous maintenir dans une situation inévitablement propice à d’autres crises de ce type.

Une lueur d’espoir est toutefois apparue dans la situation actuelle : la preuve qu’il est possible pour les gouvernements d’allouer des ressources afin de résoudre des situations urgentes, alors qu’ils étaient auparavant bloqués par des désaccords politiques. Nos décideurs doivent capitaliser sur cette nouvelle forme de coopération pour répondre aux enjeux tels que le changement climatique et pour que nous n’ayons pas à le faire en mode “gestion de crise”.

Les mesures prises après la crise économique de 2008 ont principalement permis de renflouer les grands opérateurs financiers sans traiter les défauts sous-jacents de nos systèmes économiques. Notamment le consumérisme et la destruction de l’environnement qui en découle, la concentration des richesses et le manque de contrôle démocratique au niveau local. Beaucoup de citoyens se sont sentis lésés, et aujourd’hui encore celles et ceux qui souffriront le plus de la crise économique à venir seront surement les petites entreprises de locales. Les solutions proposées aujourd’hui doivent protéger les sources de revenus des citoyens européens.

Un nouvel équilibre entre mondialisation et économie locale

Une manière très concrète d’avancer vers une telle société sera de soutenir la croissance des communautés énergétiques en Europe.

En investissant dans des technologies d’énergie propre et en les développant, les communautés énergétiques ont pu renforcer la situation sociale et économique de leur communauté tout en prenant des mesures pour réduire les émissions de CO2 et préserver l’environnement. Ainsi, ils construisent un modèle économique viable qui aborde précisément les enjeux essentiels pour construire un futur durable.

Ne me croyez pas sur parole, laissez les exemples parler d’eux-mêmes :

En Belgique, des chercheurs ont estimé que la transition énergétique nécessitera un investissement entre 300 et 400 milliard d’euros d’ici 2050. Cependant, tous les citoyens belges réunis ont environ 278 milliard d’euros d’épargne immobilisée dans des banques, qui pourrait être investie localement. De tels investissements pourraient créer entre 20,000 et 60,000 emplois, et faire économiser à la Belgique jusqu’à 20 milliards d’euros par an en évitant des importations de gaz, de pétrole, de charbon et d’uranium.

Une étude allemande révèle que le retour sur investissement pour les économies et communautés locales est jusqu’à 8 fois plus important si les moyens de productions renouvelables sont détenus par les citoyens locaux, les communautés énergétiques et d’autres petites et moyennes entreprises locales. En particulier, les revenus de la production locale d’énergie renouvelable peuvent fournir les bases indispensables pour faire les investissements nécessaires en faveur de l’efficacité énergétique des bâtiments, et permettre aux citoyens de s’engager - renforçant ainsi non seulement l’économie mais également notre modèle démocratique européen.

En 1988, le petit village autrichien de Güssing, n’avait aucune industrie ou commerce de taille. Il est maintenant en pleine croissance grâce à une transition importante orientée vers l’exploitation de ses ressources renouvelables locales. Un taux de chômage élevé a fait place à la création de 1000 emplois. Le coût annuel de 6 millions d’euros pour les importations d’énergie fossile s’est transformé en 14 millions d’euros de revenus issus de la production locale d’énergie renouvelable.

En donnant l’exemple, la municipalité a réduit ses dépenses d’énergie de presque 50 % à travers des mesures d’efficacité énergétique ; et les citoyens et entreprises ont suivi. Suivant également l’exemple de la collectivité de Güssing, plus de 15 régions en Autriche tendent vers l'indépendance énergétique pour les besoins en électricité, en chauffage et/ou en transports.

Comment l’UE peut-elle aider à renforcer les communautés énergétiques ?

Le potentiel des communautés locales a déjà été reconnu par les décideurs au niveau européen dans le Paquet Énergie Propre à travers la définition des concepts de communautés d’énergie renouvelable et citoyenne.

Pendant que l’UE oeuvre à développer des mesures législatives complémentaires pour aller plus loin dans les années à venir, elle doit s’assurer que les communautés locales sont réellement habilitées à agir. Ceci peut être fait par exemple en leur facilitant l’accès à des financement plus conséquents tel que l’outil du fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) et d’autres outils de la Banque européenne d’investissement (tel que le fonds ELENA ou des mécanismes de garanties disponibles).

Des citoyens partout en Europe sont prêts à contribuer et à porter les transformations sociétales nécessaires au sein de nos communautés. Nous encourageons vivement nos élus à prendre les décisions intelligentes et courageuses qui permettront à l’humanité d’avancer vers un mode de vie réellement durable, sain et résilient.

Si nous devons construire une société réellement durable à long terme et au service des génération futures, nous devons mettre en oeuvre ces changements dès aujourd’hui. Conservons ce mode de fonctionnement coopératif. Il n’y a pas d’autre moyen d’y parvenir.

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